Gérard Bélanger

Professeur titulaire, Département d’Économique, Université Laval

LA FUTILITÉ DES POLITIQUES NATALISTES

13 février 2012

            Face à une fécondité inférieure depuis 1970 au seuil de remplacement des générations et au vieillissement de la population du Québec qui s’ensuit, des mesures favorables à la natalité sont proposées et aussi adoptées, comme l’amélioration des congés parentaux et les subventions aux garderies ou centres de la petite enfance.

         Une étude de Finances Québec affirmait :

En ce qui a trait aux naissances, au moins une dizaine d’études économiques ont démontré que certaines politiques familiales, au Québec comme ailleurs, ont eu des impacts positifs sur la natalité. Comme les naissances sont, de loin, la principale composante positive de la variation de la population, elles méritent une attention particulière afin d’atténuer les chocs du vieillissement et de la décroissance de la population. (Côté 2004 : 6)

            Une augmentation de la natalité signifie-t-elle nécessairement une croissance de la population future? Si la réponse est négative, quel est le facteur vraiment important?

Impact de l’ouverture de l’économie

            L’ouverture très grande des économies régionales provoque une application du principe des vases communicants avec un ajustement entre les régions d’un marché intégré s’effectuant par la mobilité et très peu par les prix à l’exception des  prix du sol et des services purement locaux. Si la rémunération réelle à long terme est fixée par les conditions extérieures à la région, comme c’est le cas pour le Québec, l’emploi sera déterminé par la demande de travailleurs et donc par la dynamique globale de cette économie. Une pénurie de main-d’œuvre sera comblée par une hausse du solde migratoire et un surplus de main-d’œuvre par une baisse de ce solde migratoire.

            L’émigration des Québécois vers les États-Unis en est un excellent exemple. «Au total, de 1840 à 1930, près d’un million de Québécois auraient quitté leur sol natal pour s’établir aux États-Unis.» (Lavoie 1981 : 65). En 1900, 19 pour cent des francophones nés au Canada vivaient aux États-Unis  (MacKinnon et Parent 2007 : 5).  De plus, 2,24 millions d’Américains se disaient en 2006 de descendance canadienne-française dont 41 pour cent habitaient le Nord-est. (U.S. Census Bureau 2009 : 48)

            Les questions posées plus haut reçoivent leurs réponses: une hausse importante des naissances va s’accompagner d’une baisse future du solde migratoire si l’économie demeure inchangée. Cette conclusion s’applique aussi à une hausse de l’immigration internationale. Il est permis d’affirmer que la politique la plus favorable à une hausse de la population au Québec est une politique de croissance économique, qui permet de stimuler la demande de main-d’œuvre.

            En somme, la population va où sont les emplois. La population en Alberta a été récemment en forte expansion, alors que celle des provinces maritimes stagnait. Ces évolutions n’étaient pas influencées par les taux de natalité de ces deux régions mais bien plutôt par leur développement économique respectif.

            Toutefois une question mérite d’être posée : un groupe de Québécois peut-il désirer vivre dans une économie moins prospère? Est-ce une aberration?

Présence d’un groupe pour un Québec moins prospère

            Les francophones demeurent moins mobiles ou moins enclins à quitter le Québec que les autres groupes linguistiques. À titre d’illustration, il y eut entre 1971 et 2001 une migration nette négative de 387 100 personnes entre le Québec et les autres provinces. Les personnes de langue maternelle française, qui totalisaient 81,4 pour cent de la population en 2001, ne représentaient que 9,7 pour cent de la migration nette. Les personnes de langue maternelle anglaise et les autres, dont la part dans la population québécoise était en 2001 respectivement de 8,3 et 10,3 pour cent, totalisaient 71,3 et 19,0 pour cent des départs nets. (Marmen et Corbeil 2004 : 107 et 147)

            Cette situation engendre un paradoxe en raison de la présence du marché commun canadien qui permet aux Québécois d’avoir un revenu moyen comparable à celui de l’Ontario même si l’économie y est généralement moins dynamique.  Un taux de croissance moins élevé de l’économie du Québec profite à un groupe de Québécois. Ce sont les francophones qui ont une préférence marquée pour vivre dans un environnement francophone ou homogène. Grâce à la mobilité plus grande des autres groupes et par la présence du marché commun canadien, une économie moins prospère leur procure davantage ce qu’ils désirent sans affecter à long terme leurs revenus réels.[i]

Conclusion

            Ce texte a deux importantes conclusions qui méritent d’être reprises. Premièrement, la politique la plus favorable à une hausse de la population au Québec est une politique de croissance économique, qui permet de stimuler la demande de main-d’œuvre. Deuxièmement, une telle politique ne va cependant pas dans l’intérêt des Québécois qui recherchent un milieu homogène francophone.

BIBLIOGRAPHIE

U.S. Census Bureau 2009, Statistical Abstract of the United States, 2009, Washington D.C.  http://www.census.gov/compendia/statab/2009/2009edition.html consulté le 2 février 2012.

 


[i]  Parallèlement au groupe favorable à un taux de croissance moins élevé, existe-t-il des groupes qui profitent du coût de la vie moindre des régions moins prospères? C’est le cas des travailleurs de ces régions qui sont soumis à des conventions collectives de portée nationale. Les employés du gouvernement fédéral en sont un exemple: leurs rémunérations monétaires sont les mêmes malgré les différences régionales du coût de la vie. Il en est de même pour les employés des réseaux de l’éducation et de la santé en ce qui a trait à l’économie québécoise.

           

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