Économiste

LES MARCHÉS BOURSIERS COMME INDICATEUR AVANCÉ DE L’ÉVOLUTION DE L’ÉCONOMIE

27 février 2012

Tous les économistes connaissent la célèbre boutade de Paul A. Samuelson (1966) à l’effet que le marché boursier a prédit neuf des cinq dernières récessions. Mais, qu’en est-il au juste? Est-ce que les indices du prix des actions des entreprises cotées en bourse contribuent à anticiper l’évolution de l’économie, dont les points de retournement dans son cycle? 

Pour être retenue comme indicateur précurseur, une variable doit avoir une importance significative dans l’économie. Elle doit aussi passer le test du temps, c’est-à-dire avoir démontré historiquement qu’elle devance de quelques mois l’activité économique et ses fluctuations. Les indices boursiers, même s’ils fluctuent pour diverses raisons, semblent satisfaire à ces conditions pour de nombreuses économies.  

En effet, à l’OCDE, les cours des marchés boursiers sont l’une des composantes de ses indices composites mensuels des indicateurs avancés pour dix-neuf de ses trente-trois pays membres et pour six pays émergents non membres pour qui cet organisme produit de tels indices. Le Conference Board publie des indices mensuels d’indicateurs avancés pour dix pays et la Zone euro; seul celui de la Chine ne comporte pas d’indice boursier. Le Japan Cabinet Office, Statistique Canada et Desjardins produisent aussi des indices d’indicateurs avancés, et ces trois organismes retiennent, comme l’une des composantes, un indice de l’évolution du prix des actions des entreprises. 

Toutefois, et cela est étonnant et intriguant, le Conference Board retient les cours boursiers comme composante de ses indices pour l’Allemagne, le Mexique et l’Espagne, alors que l’OCDE s’en abstient; celle-ci les inclut pour la Chine, alors que, comme indiqué précédemment, le Conference Board les exclut.  

Si, malgré ce qui précède, vous êtes, tout comme Samuelson, parmi les sceptiques quant au rôle des marchés boursiers comme indicateur avancé de la tendance future de l’économie, citons une autre source pour tenter de vous en convaincre. Les auteurs de l’encadré 1.3 des Perspectives de l’économie mondiale du FMI de septembre 2011 posent la question suivante :

La baisse des cours boursiers est-elle un signe avant-coureur d’une récession?

Pour y répondre, ils ont examiné le cas des pays du G7. Leur analyse a démontré que pour les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et le Japon, le prix des actions joue un rôle important comme indicateur précurseur d’une éventuelle récession. Pour le Canada et l’Allemagne, la méthode utilisée n’a pas mis en évidence une telle capacité d’anticipation d’une phase baissière du cycle économique. (Cela n’empêche pas l’OCDE et Statistique Canada, sur la base de leurs propres critères, de retenir le S&P/TSX comme indicateur avancé de l’évolution de l’économie canadienne) En ce qui concerne l’Italie, d’autres variables financières ont plus d’importance que le cours des actions. Les auteurs de cette étude concluent, notamment, que

…les responsables politiques doivent donc être attentifs aux fortes baisses des cours boursiers, car elles sont liées à un risque accru de nouvelle récession. 

L’indice boursier pour le monde (MSCI ACWI) ainsi que l’indice pour les pays développés et celui pour les économies émergentes sont en hausse ces temps-ci. Serait-ce de bon augure pour les perspectives à court terme de l’économie mondiale?

 

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