Gérard Bélanger

Professeur titulaire, Département d’Économique, Université Laval

L’IMPACT LIMITÉ DE LA LUTTE AU GASPILLAGE DANS LE SECTEUR DE LA SANTÉ

1 mars 2012

Comme dans l’éducation, les soins de santé sont un secteur où « le consommateur n’achète pas et le producteur ne vend pas ». De plus, tout imposant système comprend de nombreuses sources d’inefficacité ou de gaspillage. Il ne s’agit pas ici de les identifier mais plutôt de prendre conscience de l’impact limité de la lutte au gaspillage sur l’évolution des taux de croissance des dépenses de santé. La lutte au gaspillage est en effet un phénomène ponctuel qui n’affecte pas la tendance ou la trajectoire de longue période.

Niveau vs croissance

Il faut bien faire la distinction entre variation du rapport des dépenses de santé sur le PIB d’une part et le niveau de ce rapport d’autre part. Prenons un exemple chiffré : dans le cas où différentes mesures permettraient de réduire de quinze pour cent les dépenses de santé sur une période de cinq ans, le taux de croissance des dépenses de santé dans l’économie ne serait pas modifié après les cinq années de réforme. La « crise » de la croissance des dépenses aurait eu un répit  de cinq ans mais pas plus. Le même taux de croissance reviendrait sans égard à la nature de ces réformes.

La trajectoire de longue période de l’importance des dépenses de santé dans l’économie ne pourrait-elle pas être modifiée par un accroissement de leur productivité? Les progrès technologiques en agriculture ont favorisé la décroissance de la place de ce secteur dans l’économie. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi dans le secteur des soins de la santé?

Le progrès technologique favorable aux dépenses

Il ne faut pas s’attendre à des résultats percutants du progrès technologique sur la décroissance des dépenses de santé : dans le domaine des soins de santé, le progrès des connaissances se traduit bien souvent par l’émergence de nouveaux et de meilleurs traitements. Quel que soit ce mélange d’impact des progrès de la connaissance (réduction de coûts et nouveaux services), compte tenu de l’élasticité-revenu de la demande de soins, on peut s’attendre à une croissance de la quantité demandée à cause du prix global moins élevé y incluant le temps de convalescence et l’intensité de la douleur ou de la nouveauté du traitement ou des deux.

Ainsi l’introduction de la laparoscopie pour les opérations de la vésicule biliaire (action moins invasive et convalescence plus courte) a provoqué une augmentation tellement considérable du nombre d’opérations que, malgré la réduction importante du coût unitaire, les dépenses crûrent pour ce traitement  Le progrès des connaissances, même s’il réduit  les coûts unitaires est très souvent un facteur d’expansion des dépenses en santé. C’est la même chose pour les nouveaux médicaments coûteux reliés à des conditions ou maladies spécifiques ou pour les nouveaux moyens orientés vers le mieux-être comme la récente popularité du blanchiment des dents.

Le progrès des connaissances peut donc fort bien augmenter le bien-être de la population et la qualité des soins, mais il ne faut pas s’attendre à ce que cela réduise nécessairement la croissance des dépenses des soins de santé.

Une lueur d’espoir?

Il ne faut pas toutefois exclure qu’on puisse un jour s’attaquer dramatiquement au mode de production et ainsi réduire substantiellement l’évolution des coûts de production des services et traitements existants par une réorganisation fondamentale du travail ou des méthodes de production. Nous pouvons penser ici à la robotisation des services aux personnes âgées. Des robots existent déjà pour l’alimentation des personnes institutionnalisées et pour les services ménagers et autres pour celles à domicile.

On suivrait ainsi l’exemple des secteurs de l’agriculture et de la fabrication par une standardisation accrue qui permettrait un plus grand recours au capital et aux technologies de l’information. Il y a cinquante ans, les coûts de main-d’œuvre représentaient environ trente pour cent des coûts totaux du secteur manufacturier contre moins de quinze pour cent aujourd’hui. Cette transformation, qui exige aussi de faire un meilleur usage de tous les niveaux de compétences dans le monde de la santé, ne se fera pas sans heurts; les changements bouleversent les anciens équilibres entre les différents groupes.

 

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