Thérèse Laflèche

Économiste

POURQUOI LA BANQUE DU CANADA EST-ELLE AUSSI ALARMISTE À PROPOS DE L’ENDETTEMENT DES MÉNAGES ?

21 mars 2012

Dans mon blogue précédent, je me suis concentrée sur les mesures du taux d’endettement des ménages canadiens, en particulier sur le ratio de la dette au revenu personnel disponible dont il est toujours question dans les médias. Dans le présent article, je m’intéresse au discours que la Banque du Canada tient à propos de l’endettement des ménages, un discours que je trouve exagérément alarmiste.

Le discours de la Banque du Canada

Si la question du taux d’endettement des ménages canadiens est considérée comme un risque sérieux par la plupart des prévisionnistes et par les médias, c’est en bonne partie parce que c’est le message véhiculé, et je dirais même martelé par la Banque du Canada depuis maintenant plus d’un an. C’est en effet en décembre 2010 que le gouverneur de la banque centrale a mentionné pour la première fois de façon assez explicite le danger que représentait la détérioration du bilan des ménages canadiens. Depuis ce temps, pratiquement tous les discours des membres de la haute direction de la Banque ont mentionné ce risque. Un dossier sur la situation financière des ménages a même été publié dans la plus récente livraison de la Revue de la Banque du Canada.

Bref, la banque centrale met beaucoup d’emphase sur le risque que constitue l’endettement des ménages pour l’économie canadienne. Elle en met tellement, qu’on peut même dire, à la limite, qu’elle exagère. Car, en effet, elle ne s’embarrasse pas tellement des nuances que font les économistes qui ont étudié la question, que ce soit en ce qui concerne la mesure du taux d’endettement utilisée ou les comparaisons avec les États-Unis.

Certes, la Banque adopte un point de vue prospectif : ce n’est pas tant la situation actuelle des ménages qui l’inquiète que leur vulnérabilité. Plusieurs événements tels qu’un effondrement du marché immobilier, un ralentissement économique sérieux, qui entraînerait une augmentation significative du taux de chômage, ou une augmentation marquée des taux d’intérêt, pourraient entraîner la détérioration du bilan financier des ménages.

On ne peut nier l’existence de ces risques, mais la probabilité qu’ils se concrétisent, du moins dans un avenir rapproché, est faible. Le marché immobilier se porte bien dans l’ensemble, l’économie canadienne a bien traversé la récession et a repris un rythme de croissance modéré, mais soutenable, et si les taux d’intérêt augmentent, ce qui n’est pas prévu avant plusieurs mois, ce sera parce que l’activité économique aura repris un rythme de croisière suffisamment vigoureux pour que la Banque du Canada craigne une hausse de l’inflation. On peut s’attendre à ce que, dans ces circonstances, l’emploi et les revenus soient au rendez-vous et les ménages en bonne position pour faire face à leurs engagements.

Si la Banque du Canada insiste tant sur le risque que représente le hausse de l’endettement des ménages pour l’économie canadienne, ce n’est peut-être pas tant qu’elle croit que ces risques sont aussi importants qu’elle le dit, que parce qu’elle tente de mettre à profit sa crédibilité pour atténuer, si je puis dire, les effets pervers de sa politique monétaire. Car cela fait maintenant plusieurs années que la banque centrale maintient le taux directeur à des niveaux très bas qui incitent les ménages à s’endetter. Le moyen le plus simple à sa disposition pour réduire le taux d’endettement, consiste tout simplement à relever le taux directeur. Dans les circonstances actuelles, toutefois, un resserrement ne serait pas approprié : l’économie canadienne, même si elle va relativement bien, tourne encore en-dessous de ses capacités. À défaut de pouvoir utiliser son instrument de prédilection, la banque centrale tente de freiner la croissance de l’endettement grâce à des avertissements répétés destinés aux ménages, que les médias véhiculent abondamment. Par ailleurs, la banque centrale a encouragé le resserrement des règles concernant les prêts hypothécaires (réduction des périodes d’amortissement maximum, limites du refinancement hypothécaire, hausse de la mise de fonds minimale), une autre façon de limiter l’endettement excessif.

Conclusion

Loin de moi l’idée de minimiser le problème du surendettement. Je suis tout à fait d’accord avec l’énoncé suivant, tiré d’un discours d’Agathe Côté, sous-gouverneure à la Banque du Canada :

Il incombe aux ménages de veiller à ce que, dans l’avenir, ils aient la capacité de rembourser les dettes qu’ils ont contractées aujourd’hui. De la même façon, les institutions financières ont la responsabilité de voir à ce que leurs clients ne se retrouvent pas avec un niveau d’endettement ingérable.[i]

Par conséquent, j’approuve les efforts que déploie la banque centrale pour freiner l’endettement des ménages, ce qui ne m’empêche pas de ne pas partager leur point de vue alarmiste à propos des risques que fait planer la hausse de l’endettement des ménages sur les perspectives économiques canadiennes.

 



[i] Banque du Canada, «La situation financière des ménages et la croissance économique», Discours prononcé par Agathe Côté sous-gouverneure à la Banque du Canada devant le Canadian Club of Kingston, Kingston (Ontario) le 10 janvier 2011.

Commentaires

AEdouard

Le 21 mars 2012, à 11 h 05

Il est vrai, je suppose, que la Banque du Canada exagère un peu la menace pour influencer les ménages à moins s’endetter malgré les bas taux d’intérêt.

Ceci dit, et on est dans la nuance ici, je crois que le risque est tout de même plus élevé que ce que vous supposez. Certains marchés canadiens sont nettement pris dans une bulle immobilière (Vancouver très certainement, Toronto et Montréal, peut-être). Même une légère augmentation des taux d’intérêt pourrait faire dégringoler les prix à Vancouver, compte tenu de la haute proportion d’investisseurs immobiliers étrangers, qui sont bien sûr plutôt volatiles. Ce sont des risques bien réels.

Mais bon, on a de la difficulté à voir une bulle avant qu’elle n’éclate!

daniel germain

Le 9 septembre 2012, à 10 h 13

À mon avis, il n’y a pas de bulle immobilière a Montreal ni au Québec.Les prix sont élevés mais si les gens achètent encore, c’est, à ne pas en douter, parce qu’ils en ont la capacité. Ce ne sont pas les acheteurs qui décident s’ils ont ou non la capacité d acheter: ce sont les institutions financières prêteuses qui évaluent la capacité d emprunt des acheteurs en se basant sur un amortissement de 25 ans seulement, et en utilisant le taux d intérêt pour un terme de 5 ans. Evidemment, une fois devenus propriétaires, c’est aux acheteurs de se discipliner:moins de restos, moins de voyages en avion, pas besoin de nouveaux meubles avant un bon bout de temps etc. Au Québec, l’économie va assez bien,le taux de chômage est bas. Le plus gros risque, c’est une hausse des taux d’intérêt IMPORTANTE SUR UNE COURTE PÉRIODE. N’ayez pas peur, cela n’arrivera pas pour les raisons suivantes: nous sommes tributaires de l’économie américaine et cette dernière en aura pour plusieurs années avant de se sortir de son marasme et fiasco financier. Autres raisons: l’Europe a des soubresauts et vacille a chaque crise. Aussi la Chine connait un important ralentissement de sa croissance. BREF ON N’ EST PAS PRET DE VOIR UNE INFLATION GALOPANTE ICI, à laquelle la Banque du Canada chercherait a mettre un frein en haussant les taux d’intérêt.
CONCLUSION: achetez sans crainte, dormez sur vos oreilles,surveillez vos depenses superflues, ramassez-vous tranquillement un petit coussin par sécurité, souriez et appréciez la chance que vous avez d’être au Québec.

Daniel Germain, investisseur immobilier de plus de 30 ans d expérience et possédant a Montreal plus de 500 logements.

Sindiya

Le 16 août 2013, à 5 h 41

Il faut aussi conside9rer le taux d’emploi. En effet, alors que le taux de chf4mage idnique la proportion de la population active de9sirant travailler et incapable de trouver du travail, le taux d’emploi idnique la proportion de la population active ayant un travail.Or, selon le dernier communique9 de l’Enqueate sur la population active (Statistique Canada, 3 de9cembre 2010), le Que9bec a un taux d’emploi (60,4%) qui se situe dans la moyenne canadienne, mais qui est nettement en dee7e0 de celui du Manitoba (66,5%), la Saskatchewan (66,2%) et l’Alberta (68.7%). Il faut donc toujours se rappeler que le taux de chf4mage n’est qu’un indicateur parmi tant d’autres.

Laisser un commentaire