Gérard Bélanger

Professeur titulaire, Département d’Économique, Université Laval

LA DÉRIVE DES ÉTUDES DE BACCALAURÉAT AUX ÉTATS-UNIS

11 avril 2012

Deux récents blogues sur les universités ont montré comment l’explosion des connaissances et la recherche de la renommée dans leur discipline pour les professeurs et du prestige institutionnel pour les administrateurs ont donné la priorité à la recherche et aux programmes d’études spécialisés au détriment de la masse des étudiants du premier cycle ou de baccalauréat.

Ce texte poursuit ce thème en se référant à une récente étude sur la qualité de l’apprentissage au niveau du baccalauréat aux États-Unis. Il comprend deux sections : la première donne quelques résultats de l’étude et la seconde reprend l’explication de la situation qu’en font les auteurs.

Les résultats

Deux sociologues ont étudié, sur une période de quatre ans, 2 322 étudiants dans vingt-quatre institutions différentes décernant des baccalauréats. Voici quelques-uns de leurs résultats :

  • Pour un semestre typique, 32 pour cent des étudiants ne prennent pas un seul cours avec plus de 40 pages de lecture par semaine, et 50 pour cent des étudiants n’ont pas pris de cours exigeant plus de 20 pages d’écriture au cours du semestre…
  • Si le test utilisé, le Collegiate Learning Assessment, est mis sur une échelle traditionnelle de 0 à 100 points, 45 pour cent des étudiants n’auraient pas montré des gains de même un point au cours des deux premières années de collège, et 36 pour cent des étudiants n’auraient pas montré de tels gains (un point) sur les quatre années de collège…
  • Les 36 pour cent des étudiants qui déclarèrent avoir passé cinq heures ou moins par semaine en étude individuelle avaient 3,16 comme moyenne des dossiers de leurs notes (soit entre B et B+).  (ARUM et ROKSA, 2011.A p.WK10)

 Ces données indiquent bien la faible priorité accordée à la formation au niveau du baccalauréat. Comment peut-on expliquer la situation?

 L’explication

Une situation qui perdure n’est pas le fruit du hasard, mais représente un équilibre entre des facteurs ou des forces durables.  C’est ce que montrent très bien les deux sociologues en un paragraphe au dernier chapitre du livre consacré à leur recherche:

L’apprentissage limité dans le système d’enseignement supérieur américain ne peut pas être défini comme une crise parce que la survie institutionnelle et organisationnelle du système n’est pas menacée de façon significative. Les parents – bien que quelque peu contrariés par l’augmentation des coûts – veulent que les collèges fournissent un environnement sûr où leurs enfants puissent arriver à maturité,  à accéder à l’indépendance, et à obtenir les références qui leur permettront de réussir en tant qu’adultes. Les étudiants en général cherchent à profiter des avantages d’une pleine expérience au niveau collégial qui met autant l’accent sur ​​la vie sociale que sur les poursuites académiques, tout en obtenant des notes élevées dans leurs cours en y investissant relativement peu d’efforts. Les professeurs sont impatients de trouver le tempsde se concentrer sur leursrechercheset sur leurs intérêts professionnels. Les administrateurs mettent  la priorité surles classements institutionnels externes et les résultatsf inanciers. Les organismes gouvernementaux de financement sont principalement intéressés par le développement de nouvelles connaissances scientifiques. En bref, le système fonctionne. Aucun des acteurs du système n’est principalement intéressé par la croissance académique des étudiants de premier cycle, bien que plusieurs soient préoccupés par la rétention des étudiants et leur persistance. L’apprentissage limité sur les campus universitaires n’est pas une crise parce que les acteurs institutionnels impliqués dans le système reçoivent les résultats organisationnels qu’ils recherchent, et donc ni les institutions elles-mêmes, ni le système dans son ensemble ne sont  en aucune façon contestés ou menacés. (ARUM et ROKSA, 2011.B  p.124-125)

 Conclusion

            Parmi les 2 774 institutions américaines qui avaient en 2009 des programmes de quatre ans débouchant sur un diplôme de baccalauréat, il y en a plusieurs qui ont d’excellentes performances et qui offrent un bon encadrement, en particulier des collèges de liberal arts qui se limitent au premier cycle. Toutefois, elles n’atteignent qu’une minorité d’étudiants.

            La situation au Canada est peut-être moins détériorée que celle montrée par l’étude. Néanmoins,  les mêmes forces sont présentes relativement à l’apprentissage au premier cycle.

             

Bibliographie

 

ARUM, R. et J. ROKSA 2011.A (14 mai). « Your So-Called Education », The New York Times, p.WK10.

ARUM, R. et J. ROKSA 2011.B. Academically Adrift: Limited Learning on College Campuses, Chicago: The University of Chicago Press.

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