Jean-Thomas Bernard

Professeur invité, Université d'Ottawa

RONA ET LE RÔLE DU GOUVERNEMENT

4 septembre 2012

Le rejet de l’offre d’achat du quincailler américain Lowe’s par le conseil d’administration de RONA à la fin de juillet a reçu l’appui du gouvernement québécois qui a mandaté Investissements Québec pour examiner différents moyens de bloquer cette acquisition.  D’ailleurs, la Caisse de Dépôt  et Placement  vient  de hausser sa participation dans RONA de 12,2 % à 14,2 %.  Le ministre québécois des Finances a fondé sa position sur le pourcentage  élevé des achats réalisés par RONA au Québec (50%) et au Canada (85%) ainsi que sur la structure diversifiée en taille et en propriété des magasins à  bannières RONA. Lors de la récente campagne électorale plusieurs partis ont appuyé sans réserve cette position en y ajoutant même une certaine surenchère.

Si l’offre d’achat  de Lowe’s est rejetée non par les actionnaires qui sont les véritables propriétaires mais par des actions posées par le gouvernement, quelles en seraient les conséquences à court et à long terme?

À court terme, le changement de propriété de RONA aurait peu d’effet sur les consommateurs québécois car le secteur de la quincaillerie est hautement concurrentiel et diversifié. La substitution d’une chaine par une autre ne changerait pas la gamme de produits offerts  ni le niveau des  prix. L’impact de l’intervention gouvernementale serait supporté par les  actionnaires actuels qui ont à décider s’ils acceptent la plus-value offerte par Lowe’s ou s’ils font confiance à l’équipe de direction présente ou renouvelée de RONA pour obtenir un rendement supérieur. Autrement l’intervention gouvernementale sera source de perte de revenu pour les actionnaires dont plusieurs sont québécois. L’achat par des entreprises étrangères constitue une entrée de fonds au même titre que les exportations.

Comme comparaison, nous pouvons considérer l’achat d’Alcan par Rio Tinto à l’automne 2007 avec prime de 65,5 %  sur la valeur de l’action. Actuellement  il est préférable pour les anciens actionnaires d’Alcan, incluant plusieurs québécois soit directement soit indirectement par l’intermédiaire d’organismes fiduciaires comme les fonds de retraite, d’avoir en main cette plus-value plutôt que des actions à prix déprimés de l’ancienne Alcan. A la fin de l’année 2011, Rio Tinto a rayé 8.9 milliards U.S de ses  livres reliés à l’achat d’Alcan. Le Québec est toujours  l’hôte des  actifs physiques  de l’ancienne Alcan plus une partie de ce transfert au détriment des Australiens.

À plus long terme,  l’interventionnisme  gouvernemental de cette nature ralentit le rythme de croissance de la productivité au Québec. En effet plusieurs études économiques montrent le rôle majeur joué par la concurrence à l’égard de l’amélioration de la productivité. La concurrence peut emprunter diverses  voies pour se manifester. Il y a les importations, la création de nouvelles entreprises locales ou encore les prises  de contrôle externes comme celle projetée par Lowe’s. Toutes ces formes de concurrence sont présentes dans la vie quotidienne des entreprises et c’est leurs réussites qui font accroître la productivité et par conséquent nos revenus. Dans ce domaine marqué par l’incertitude des résultats, les gouvernements n’ont pas d’habiletés particulières à déceler les voies de l’avenir.

Ce printemps, Alimentation Couche-Tard a acquis les dépanneurs et les stations de service de  STATOIL au coût de 2,8 milliards avec prime de 53 %.  STATOIL est une compagnie pétrolière norvégienne inscrite à la bourse mais possédée  à 85 % par le gouvernement de la Norvège qui a accepté l’offre de l’entreprise québécoise. En 1970, les P.I.B. (produits  intérieurs bruts) per capita de la Norvège et du Canada valaient 87 % celui des États-Unis. En 2008, celui de la Norvège excédait de 11 % celui des États-Unis alors que le Canada avait régressé à 83 %. La Norvège est souvent citée comme modèle à suivre à l’égard de la gestion des ressources naturelles. Il y a bien d’autres domaines où nos gouvernements pourraient suivre l’exemple de la Norvège comme la tarification de l’électricité qui est produite surtout à partir de ressources hydroélectriques de propriété publique,  la  gestion de la rente des ressources naturelles par un fonds souverain indépendant, la taxation des émissions de CO2, la taxation de l’essence…

Commentaires

Mathieu W Marchand

Le 6 septembre 2012, à 10 h 11

Bonjour,
ce dont vous ne parlez pas, c’est la position des sièges sociaux après une prise de contrôle. Généralement dans le processus de rationalisation des activités, ou la recherche de synergies, ou tout autre terme utilisé par les gens d’affaires, les premiers emplois rapatriés sont les postes d’administrateurs, avocats et comptables, du siège social vers la maison mère du nouvel acquéreur. Le Québec ne manque pas d’emploi de vendeurs, de manoeuvres ou autres, ce qui est plus dur a trouver au Québec ce sont ces postes de haut niveau.

Le problème ne se poserait pas si en contrepartie les entreprises Québécoises achetaient l’équivalent en entreprises étrangères. Mais pour cela je n’ai pas les chiffres, et j’ai des gros doutes.

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