Économiste

ÉCONOMIE AMÉRICAINE : CROISSANCE ANÉMIQUE À L’HORIZON

4 octobre 2012

Le rythme de croissance de l’économie américaine a été plutôt modeste aux deuxième et troisième trimestres de cette année, et les indicateurs avancés de son évolution laissent présager qu’elle sera anémique au cours des prochains mois. Rien de bien réjouissant pour la première économie mondiale ces temps-ci, bien que mieux qu’en Europe.

Au deuxième trimestre, l’économie américaine n’a crû que de 1,3 % en rythme annuel, selon les données publiées le 27 septembre. Le Chicago Fed National Activity Index, publié le 24 septembre, laisse supposer que l’activité économique a progressé à un rythme encore plus lent au troisième trimestre. Le coup de sonde mensuel auprès des gestionnaires d’approvisionnement des entreprises (les indices PMI) vient corroborer cette estimation, notamment pour les mois de juillet et août.

Quant aux indicateurs avancés, ils pointent vers une croissance faible au cours des prochains mois. L’évolution mensuelle et semestrielle de l’indice du Conference Board va dans ce sens. Ce sont les indicateurs financiers de cet indice qui viennent limiter la décélération de sa croissance. Les nouvelles commandes manufacturières progressent peu, mais tout de même elles augmentent, selon le Markit US Manufacturing PMI et le Manufacturing ISM Report on Business publiés le premier octobre. Quant aux  commandes de biens durables, elles étaient en baisse prononcée en août dernier, selon les données publiées le 27 septembre par le Département du Commerce.

Par contre, la construction résidentielle poursuivra sa reprise graduelle au cours des prochains mois, si l’on se base notamment sur les plus récents chiffres mensuels sur les permis de bâtir et les mises en chantier de logements. Le non-manufacturier, surtout les services, continuera son expansion, selon le ISM Non Manufacturing Survey publié le 3 octobre.  La confiance des consommateurs s’est améliorée en septembre; en outre, elle est nettement plus élevée qu’à la même période l’an dernier, mais, elle est encore assez éloignée de ce que l’on observe normalement en période d’expansion soutenue. En outre, les investisseurs à la bourse ont fait preuve d’un bel optimisme quant aux perspectives tout au cours de l’été, si l’on se fie à l’évolution à la hausse du S&P500 et du DJIA depuis leur dernier creux atteint fin mai début juin derniers. Les marchés boursiers ont aussi obtenu ce qu’ils voulaient de la Réserve fédérale américaine lors de la réunion des 12 et 13 septembre de son Federal Open Market Committee (FOMC). Ces investisseurs  pourront désormais se concentrer sur l’évolution des indicateurs économiques et des résultats des entreprises au cours des prochaines semaines.

Le scénario de croissance faible de l’économie américaine vient appuyer le point de vue à l’effet que les mesures non traditionnelles de politique monétaire (l’assouplissement quantitatif phase 2 et l’opération Twist) n’ont pas insufflé un dynamisme durable à l’économie américaine. Tout au plus, elles auraient empêché un fléchissement encore plus prononcé de l’économie. Il reste à savoir si la troisième phase d’assouplissement (QE3), annoncée par la Fed le 13 septembre, aura un effet plus significatif, bien qu’il soit permis d’en douter puisque les conditions financières aux États-Unis, tenant compte de l’activité économique, étaient déjà relativement adéquates en septembre et auparavant si l’on se réfère au Adjusted National Financial Conditions Index (ANFCI) de la Chicago Fed. Ainsi, la Fed ne ferait qu’ajouter des liquidités avec ses mesures additionnelles sans que cela soit vraiment nécessaire. Par contre, elle ajoute une dose d’optimisme dans un monde où le pessimisme quant aux perspectives économiques abonde ces temps-ci. On ne peut négliger cet aspect.

Le 13 septembre pourrait bien avoir été le jour où la Fed a épuisé l’essentiel de ses options pour stimuler par la politique monétaire une économie en recherche de sources de croissance soutenue et suffisante pour améliorer le marché du travail.

Rappelons aussi l’effet à la baisse sur l’activité économique, au début de 2013, de ce qu’il est convenu d’appeler le précipice fiscal (hausse des impôts et coupures budgétaires), si aucun compromis n’est obtenu au Congrès d’ici la fin de l’année. Tout compromis ne ferait que transformer le précipice en pente abrupte étant donné l’impératif de trouver une solution durable au problème du déficit budgétaire américain. Il pourrait toutefois faire la différence entre une croissance anémique, s’il est obtenu, et une contraction de l’économie, en son absence, au premier semestre de l’an prochain. Il ne sera vraisemblablement obtenu qu’après les élections du début novembre, alors que les positions idéologiques et électorales seront moins campées, et qu’elles laisseront plus de place à une solution pratique.

 

 

 

 

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