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30 mars 2014

QUELQUES RÉFLEXIONS SUR L’INNOVATION

Par Gérard Bélanger Science économique

Un thème récurrent chez les différents commentateurs est celui de la nécessité d’innover ou de sortir des sentiers battus. Ceci deviendrait encore plus prioritaire pour nos sociétés vieillissantes, tout probablement moins portées vers le changement.

Ce blogue se divise en deux parties. En premier lieu, il s’agit d’introduire une réflexion sur la nature de l’innovation et sur des conditions favorables à sa présence. Le tout sera ensuite illustré par un cas, les déboires au début des années soixante d’un centre de recherche impliquant deux novateurs de la science économique, James Buchanan et Ronald Coase.

Dès le départ, je dois avouer que je ne suis pas la meilleure personne pour parler d’innovation. Ma longue carrière universitaire se résume en un seul mot, celui de traducteur. C’est la traduction ou l’application de travaux importants d’économistes au milieu. L’objectif n’est pas ici d’innover, mais plutôt de transmettre les connaissances en essayant d’assimiler les développements dans différents secteurs de la discipline et de les traduire à son environnement.

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18 mars 2014

LE BIAIS DES ÉLECTEURS

Par Gérard Bélanger Gouvernance

La présente campagne électorale (1) présente un lot quotidien de promesses. Comme les hommes politiques doivent répondre aux préférences des votants, il est pertinent de se demander si les votants ne présentent pas certains biais dans leurs préférences qui expliquent le contenu des programmes des différents partis peu orientés vers la retenue et les processus des marchés.

Biais identifiés par Caplan

Bryan Caplan (2007A: 23-49 et 2007 B: 24-33) identifie quatre familles de croyances ou de biais qui sont généralement partagés par les votants et qui entraînent la détermination d’un cadre hostile à la décentralisation ou au marché et, par conséquent, favorable à la multiplication des interventions gouvernementales. Résumons-les tout en reprenant la page frontispice de la revue qui a reproduit son texte. Le premier biais concerne la dépréciation du pouvoir des processus de marché. Dans son  Histoire de l’analyse économique (1954 (2004: 329)), Schumpeter l’a très bien exprimé :

Comme Adam  Smith devait le faire observer,…nous ne devons pas notre pain au bon vouloir du boulanger, mais à son intérêt personnel, vérité banale qu’il est utile de répéter sans cesse, afin de détruire l’indéracinable préjugé selon lequel tout acte accompli en vue du profit est par cela même antisocial.

Le deuxième biais touche à la peur d’établir des relations avec l’étranger, ce qui favorise les diverses mesures protectionnistes qui prennent différentes formes.  Le troisième biais porte sur le recours au nombre de travailleurs comme critère d’évaluation au lieu de la rentabilité ou du surplus engendré par le projet. Le progrès technologique devient alors perçu comme destructeur d’emplois. Ainsi les emplois qualifiés de verts sont maintenant annoncés par les différents gouvernements sans égard à leurs coûts.

Le dernier biais est le pessimisme, une tendance à surestimer la sévérité des problèmes et à sous-estimer la performance de l’économie. Voici un biais favorable à la création de crises pour un système centralisé. La crise peut être réelle ou fictive mais elle a la propriété de faire bouger le système. De son côté, la décentralisation s’identifie à une forme de lâcher prise sur l’économie et la société et ainsi elle exige un certain degré d’optimisme.

 Deux facteurs québécois

Deux facteurs renforcent ces biais au Québec : le statut de groupe minoritaire en Amérique du Nord et l’histoire religieuse du Québec. Ils défavorisent le recours à la concurrence qui devient perçue au mieux comme un jeu à somme nulle, le gain de l’un ayant sa contrepartie en la perte d’un autre. La concurrence n’est pas envisagée comme un mécanisme favorable à l’amélioration et à l’accroissement du gâteau collectif.

Divers comportements se rattachent à ces convictions. Par exemple, le statut de minoritaire favorise le recours au langage guerrier : devant l’ennemi, il ne faut pas se diviser, mais être solidaire. Les interventions du Gouvernement du Québec faciliteraient ainsi notre identification « en faisant de nous des Québécois ».  La concurrence et la flexibilité des institutions sont perçues comme des défauts. La centralisation et la cartellisation seraient vues comme une source de force. On penche vers la fermeture du système au lieu de son ouverture moins rassurante. La mise sur pied d’«institutions nationales » est privilégiée.

La faible fréquentation des lieux de culte ne signifie pas que la tradition religieuse des citoyens a été effacée. Le passé perpétue incessamment son influence. Le monopole catholique chez les francophones a favorisé un biais favorable au corporatisme des groupes d’intérêts et défavorable à la concurrence et à la tradition libérale de la liberté individuelle et d’initiative. Cette religion n’allait tout de même pas se faire le défenseur de la main invisible d’Adam Smith, où la recherche des intérêts égoïstes mène à un résultat global valable. C’est la base des processus décentralisés.

Conclusion

La conclusion de ce texte sur le  peu d’intérêt pour la décentralisation et les processus du marché pour l’électeur  ne se rapproche-telle pas de l’intuition d’Alexis de Tocqueville qui écrivait dans De la démocratie en Amérique (1835 (2008 :1040)) :

Dans les siècles démocratiques qui vont s’ouvrir, l’indépendance individuelle et les libertés locales seront toujours un produit de l’art. La centralisation sera le gouvernement naturel?

Le partisan de la décentralisation ne devrait-il pas aller se consoler à la plaque ci -jointe de l’ancien édifice des postes non loin du Château Frontenac  dédiée au Chien d’Or ?

Je suis un chien qui ronge lo
En le rongeant je prend mon repos
Un tems viendra qui nest pas venu
Que je morderay qui maura mordu*

 

*Je suis un chien qui ronge l’os.
 En le rongeant, je prends mon repos.
 Un temps viendra, qui n’est pas venu,
 Où je mordrai qui m’aura mordu.

 (1) Le sujet étant redevenu d’actualité, ce billet est une reprise d’un blogue paru au cours de la campagne électorale de 2012.

Bibliographie

Caplan, B.  2007A. The Myth of the Rational Voter: Why Democracies Choose Bad Policies, Princeton: Princeton University Press.

Caplan, B.  2007B. «  The 4 Boneheaded Biases of Stupid Voters (And we’re all stupid voters.) « , Reason, 29 (octobre): 24-33. (http://bit.ly/9gfUNv )

de Tocqueville, A. 2008. De la démocratie en Amérique, Paris: Flammarion, Collection Le monde de la philosophie.

Schumpeter, J. A. 2004. Histoire de l’analyse économique, vol. 1, Paris : Gallimard.

 

12 mars 2014

DEUX ENJEUX INCONTOURNABLES DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE

Par commerce international, Inégalités

Les pancartes électorales se sont installées dans notre paysage pour les prochaines semaines. Alors que les autobus de campagne sillonnent les routes québécoises, les chefs de partis tenteront tous de convaincre les électeurs que leurs propositions sont les plus pertinentes et nécessaires pour affronter les nombreux défis qui interpellent le Québec. Si les partis décident des enjeux qu’ils souhaitent aborder (à leurs risques et périls), le prochain gouvernement ne pourra ignorer les plus importants. Nous avons établi deux enjeux incontournables : le déficit de la balance commerciale et la stagnation des salaires de la grande majorité de la population adulte.

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9 mars 2014

TECHNOLOGIE OU INSTITUTIONS ?

Par Gérard Bélanger Agriculture, ressources naturelles,énergie et développement durable, Analyses structurelles, Institutions, Politiques gouvernementales, Science économique

La ‘grande contraction ‘, le vieillissement de la population et l’endettement des gouvernements alimentent un pessimisme ambiant. L’économiste Robert Gordon en témoigne :

« … indépendamment de l’évolution cyclique, la croissance économique à long terme peut s’arrêter progressivement. Deux siècles et demi de l’augmentation des revenus par habitant pourraient bien se révéler être un épisode unique dans l’histoire humaine… L’accent est mis sur la croissance du PIB réel par habitant dans le pays à la frontière depuis 1300, au Royaume-Uni jusqu’en 1906 et aux États-Unis par la suite. La croissance de l’économie de la frontière s’est accélérée progressivement après 1750, a atteint un sommet au milieu du 20ème siècle, et a été ralentie depuis. » (Gordon, 2012)

L’origine de cette évolution proviendrait d’un ralentissement actuel et futur de l’innovation. C’est toutefois un domaine où peu d’économistes possèdent un avantage comparatif.

La citation de Gordon soulève deux questions. Premièrement, le ralentissement à long terme de la croissance existe-t-il vraiment ? Deuxièmement, si c’était le cas, existerait-il d’autres voies plus prometteuses pour l’expliquer ?

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3 mars 2014

LES POLITICIENS ET LA SCIENCE ÉCONOMIQUE

Par Science économique

Les politiciens aiment parler de développement économique mais mettent-ils en pratique les conseils des économistes? On serait d’abord porté à penser que oui. Après tout, Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont fondé trente ans de politiques néolibérales sur les enseignements de Friedrich Hayek. Et à peu près au même moment, le Chili de Pinochet et d’autres pays en développement n’ont-ils pas mis en œuvre les prescriptions rigoristes de Milton Friedman?

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