Pierre Fortin

Professeur émérite de sciences économiques, Université du Québec à Montréal

L’ÉVOLUTION DE L’EMPLOI AU QUÉBEC: QUELQUES CONCLUSIONS

7 avril 2014

La figure ci-dessous délaisse la moyenne mobile des taux d’emploi mensuels utilisée dans les billets précédents pour se pencher sur les données de chaque mois individuel. Elle fait le zoom sur l’évolution du taux d’emploi des 15-64 ans mois après mois depuis janvier 2010, c’est-à-dire depuis la fin de la récession de 2008-2009. Il va de soi que, sans moyenne mobile, la grande instabilité des variations mensuelles du taux d’emploi réapparaît. Mais, en contrepartie, on y gagne en immédiateté de l’observation.

 Comment se comparent le Québec et l’Ontario sur cette figure ? Bien malin qui pourrait désigner un « gagnant ». Sans trop d’élégance, depuis quatre ans, les taux d’emploi des deux provinces semblent danser un chassé-croisé. La variabilité mensuelle des données – surtout de celles du Québec – est très prononcée. À l’extrême droite de la figure, on voit que le taux d’emploi du Québec a diminué de janvier à février 2014. Dans ce dernier mois, il était encore supérieur à celui de l’Ontario, quoique par un cheveu seulement. Puis, en mars, l’écart entre les deux provinces s’est élargi quelque peu. En somme, cette figure et celles des billets précédents permettent de constater que le Québec et l’Ontario ne se sont pas vraiment démarqués l’un de l’autre en matière d’emploi depuis 2010. Ils ont évolué en tandem.

Cinq conclusions se dégagent des observations faites dans ce billet et dans les trois précédents:

1) Les variations mensuelles du nombre d’emplois publié par Statistique Canada pour une province  – d’un mois par rapport au précédent ou d’un mois par rapport au mois correspondant de l’année précédente – négligent la base démographique et affichent une volatilité extrême. Une moyenne mobile de 12 mois du taux d’emploi des 15 à 64 ans est une mesure beaucoup plus fiable de l’évolution de l’emploi dans le temps.

2) Depuis 20 ans, à travers les hauts et les bas de la conjoncture économique, le taux d’emploi du Québec a presque continuellement progressé. Depuis la récession de 2008-2009, en particulier, il dépasse le taux d’emploi des États-Unis et a rejoint celui de l’Ontario.

3) La bonne performance du Québec en matière d’emploi est due à l’ascension spectaculaire du taux d’activité des femmes. Cette évolution est en bonne partie attribuable au progrès de leur scolarisation et aux politiques visant à mieux concilier travail et famille.

4) Compte tenu de la préférence plus grande des femmes pour le temps partiel, leur entrée massive sur le marché du travail au Québec depuis 20 ans a entraîné une progression plus rapide de l’emploi à temps partiel que de l’emploi à temps plein. La montée rapide de l’emploi à temps partiel n’a rien de pathologique ou de méprisable.

5) Le Québec et l’Ontario ne se sont pas plus démarqués l’un de l’autre en matière d’emploi au cours des six ou douze derniers mois que depuis la fin de la récession de 2008-2009.

 

Ce billet est le 4e et dernier d’une série sur l’évolution de l’emploi au Québec. Il fait suite à Les pièges à éviter, à Regarder au-delà du court terme, et à L’emploi au Québec : le facteur «femmes».

 

Une version antérieure de ce billet a été publiée dans L’actualité.

 

 

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