Professeur émérite de sciences économiques, Université du Québec à Montréal

GRATUITÉ SCOLAIRE À L’UNIVERSITÉ : INDEXER, OUI ; MODULER, PEUT-ÊTRE UN PEU, MAIS PAS TROP

6 octobre 2014

Dans deux billets précédents[1] nous avons montré qu’il faut rejeter la gratuité scolaire à l’université puisqu’une telle mesure serait inéquitable, coûteuse, inefficace et déresponsabilisante. Par contre, l’idée selon laquelle les droits de scolarité universitaires doivent être indexés mérite un appui sans réserve, à condition, évidemment, que les paramètres de l’aide financière soient eux aussi indexés afin d’annuler l’impact négatif de la hausse des droits sur l’accessibilité.

Si les droits de scolarité faisaient l’objet d’un gel absolu, la conséquence, dans un monde où le coût réel de la formation universitaire augmente sans cesse, serait que la part des étudiants dans le financement de leur formation baisserait continuellement. Ce ne serait pas la gratuité scolaire immédiate, mais la gratuité scolaire à terme.

Il serait alors inévitable que, tôt ou tard, quelqu’un, quelque part, veuille hausser la contribution étudiante afin de rétablir l’équité, de corriger le sous-financement universitaire et de soulager le contribuable, ce qui risquerait de nous plonger dans une nouvelle crise sociale. Le Québec a autre chose à faire que de se transformer en république de casseroles à tous les cinq ou 10 ans. Par conséquent, si on vise une solution permanente qui évite les crises financières à répétition et assure la stabilité sociale, il ne faut plus jamais revenir au gel absolu des droits de scolarité comme celui que nous avons connu de 1994 à 2006 et qui a été à la source de la crise de 2012.

Indexer les droits de scolarité à la capacité de payer des familles comme le gouvernement du Québec a décidé de faire depuis 2013 me semble une solution acceptable. Comme la majorité des Québécois, j’aurais préféré que le plan initial proposé en 2012 par la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, soit adopté. Il aurait pu être amendé de manière à étaler sur dix ans la hausse prévue des droits de scolarité. En l’occurrence, une telle mesure aurait maintenu les droits de scolarité au Québec à moins de la moitié de ceux des autres provinces. Malheureusement, les divisions politiques partisanes en ont voulu autrement.

Enfin, doit-on moduler les droits de scolarité en fonction des coûts très variables des programmes d’études ? Je répondrais à cette question : « oui, peut-être un peu, mais pas trop ». D’un côté, il serait naturel de demander aux étudiants qui bénéficient de formations plus coûteuses, et souvent plus rémunératrices ultérieurement, une contribution plus importante en droits de scolarité. Mais de l’autre, il ne faudrait pas que les écarts entre les droits de scolarité des divers programmes d’études deviennent si importants qu’ils conduisent à une hiérarchisation sociale des formations qui serait nuisible à notre cohésion comme société. Des droits de scolarité de 25 000 dollars ou plus par année pour une formation médicale ou pour un MBA, cela m’apparaîtrait totalement inacceptable. Cela ferait des médecins et des administrateurs qui se croiraient ensuite justifiés d’extraire des revenus exagérés du reste de la société.

Donc, pour moi, c’est « modulazione si, ma non troppo. »

Ce billet a été Publié sur le blogue Économie de L’actualité le 9 septembre 2014.

 


[1] Publiés le 30 septembre et le 2 octobre 2014.

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