Professeur honoraire (Université de Montréal) et consultant

L’OMC ET UN NOUVEL INDICE DE PARTICIPATION AUX CHAINES DE VALEUR AJOUTÉE

3 décembre 2014

Dans son récent Rapport sur le commerce mondial 2014, l’OMC souligne l’importance qu’il y a à compléter nos données conventionnelles sur le commerce international (ajoutons l’inter provincial aussi) par de nouvelles données qui mesurent non pas les exportations et importations selon leur valeur du dernier pays exportateur ou importateur, mais selon la valeur ajoutée qu’ils comprennent.

Il s’agit d’un sujet que nous avons examiné plus particulièrement dans un blogue précédent de l’ASDEQ du 3 février 2013 entre autres pour souligner le double comptage impliqué dans les données conventionnelles étant donné la présence grandissante de produits et services intermédiaires dans les données conventionnelles. Nous avons aussi souligné que les secteurs a cibler pour des exportations ( et dans certains cas des importations) accrues seraient en partie modifiés par une analyse des données sur les valeurs ajoutées dans le commerce international, analyse maintenant possible au niveau national avec des données de l’OMC et de l’OCDE. Nous avons aussi souligné qu’il serait possible de générer des données sur la valeur ajoutée au niveau du Québec.

Le Rapport 2014 de l’OMC nous permet d’en savoir plus long sur le phénomène des chaines de valeur ajoutée. Il présente une nouvelle donnée peu utilisée, mais intéressante pour mesurer le phénomène des chaines de valeur ajoutée (CVA), et la présence des services dans les CVM ( chaines de valeur ajoutée manufacturières).

LA PRÉSENCE DES CVA DANS LE COMMERCE INTERNATIONAL

 

Les chercheurs de l’OMC nous signalent que selon leur recherche sur Google le nombre de CVA serait passé de 6 entre 1980-1989, à 1310 entre 2002 et 2005, 4200 entre 2006 et 2009 et 7210 entre 2010 et 2013.

Ils nous signalent que 24 % des importations mondiales de produits manufacturés seraient des biens intermédiaires ( pièces et composants), et que le pourcentage qui incombait aux pays développés serait passé des deux tiers en 1996 a 50 % en 2012.

UN INDICE DE PARTICIPATION DES PAYS ET INDUSTRIES DANS LES CVA

 

Nous sommes, depuis nombre d’années, familiers avec une mesure de la spécialisation verticale qui comptabilise la valeur des biens intermédiaires importés qui sont incorporés dans les exportations.

Les chercheurs de l’OMC nous présente un INDICE DE PARTICIPATION ( OU DE POSITION) lequel tient compte des exportations en produits importés ( participation en aval) et d’intrants intermédiaires dans les exportations brutes des pays tiers ( participation en aval).

Cet indice tient compte de la spécialisation dans les premiers et ou les derniers stades de la production. Il repose sur l’hypothèse que les réseaux de production comportent 3 étapes successives dans différents pays.

Ils ont effectué ces calculs avec les nouvelles données de l’OMC et de l’OCDE sur la valeur ajoutée dont nous avons fait état dans nos blogues précédents.

QUELQUES DONNÉES SUR LA PARTICIPATION AUX CVM SELON CETTE MESURE

 

L’indice de participation aux CVM est passé de 39,8 % en 1995 à 48,5 % en 2009, pour tous les pays. Il est passé de 39,6 % à 47,2 % dans lespays développés, de 35 % à 38 % pour le Canada et de 32 % à 41 % aux États-Unis.

Il est indiqué de chercher à se positionner en aval et on observe que la Chine, la Turquie, l’Inde et l’Afrique du Sud sont passées de l’amont vers l’aval durant la période 1995-2008. L’indiceCanadien est passé de -0.05 à -0.01 durant cette période mesure de notre présence dans l’exportation de matières premières. L’Indice des États-Unis est passé de 0 a 0.006, changement minimal vers une position de pays en aval.

LES SERVICES ET LES CVA

 

Les services sont soit exportés directement au-delà des frontières (phénomène moins présent que ce qui se dessine du côté des biens) , soit incorporés dans les produits exportés (ingénierie, logistique, services financiers). Évaluer le commerce des services dans les CVM implique que l’on tient compte de la délocalisation des services à l’étranger, c.-à-d. des activités des succursales comme fournisseurs indépendants de services à l’étranger.

L’indice de participation indique la relation en amont, c.-à-d. la part des services étrangers dans les exportations totales ainsi que la part des services locaux dans les exportations des pays tiers.

Les chercheurs de l’OMC soulignent l’importance grandissante de la SERVIFICATION, les services comptant pour 22 % de la valeur ajoutée dans les pays développés comparativement à 19 % en ce qui concerne la valeur ajoutée dans leurs secteurs manufacturiers.

Ce résultat souligne l’importance grandissante de se spécialiser dans la R&D, l’ingénierie, les études de marché, les télécommunications, les services informatiques pour sous-tendre et accompagner les activités de fabrication, de distribution de vente et de services après-vente.

LES DÉTERMINANTS DU POSITIONNEMENT ET DES GAINS DANS LES CVM ET CVA

 

L’intégration dans les CVM nécessite la transformation des technologies et connaissances via les importations et les investissements directs étrangers, le renforcement des capacités à adopter des connaissances et technologies aux conditions locales et une mutation de l’agriculture vers le manufacturier et vers les services.

Les certifications ISO, la complexité des transactions, les possibilités de codifier les transactions, les capacités en base d’approvisionnement, le degré de coordination explicite et l’asymétrie des forces sont des déterminants importants de la répartition des gains entre participants des CVA.

Selon une enquête de l’OMC et de l’OCDE auprès de donateurs et dans 80 pays, les obstacles a la participation des entreprises dans les CVA seraient : des infrastructures insuffisantes, un accès limité au financement, le respect des normes, l’absence d’avantages comparatifs, les coûts d’entrée sur le marché, la structure des CVA, le manque de qualifications de la main-d’œuvre, la lourdeur des procédures a la frontière, l’incapacité à attirer des IDE (investissements directs étrangers), les restrictions au commerce, et la lourdeur de la documentation.

CONCLUSION

 

Espérons que nos ministères et organismes principalement impliqués dans la participation des entreprises du Québec dans les CVA donneront une importance accrue a la disponibilité des données, a l’analyse des forces et faiblesses des entreprises du Québec dans les CVA et aux politiques et programmes pour leur permettre de se positionner et d’améliorer leur positionnement dans les CVA.

Nos efforts de création de richesse et d’emploi, et nos efforts d’atteinte d’un équilibre plus intéressant dans nos finances publiques nécessitent des gestes dans divers domaines négligés dont celui de la présence de la valeur ajoutée dans nos importations et exportations et le positionnement de nos entreprises dans les CVA.

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