Gérard Bélanger

Professeur titulaire, Département d’Économique, Université Laval

POUR UNE AIDE GOUVERNEMENTALE AUX ENTREPRISES PLUS EFFICACE

16 mars 2015

Si l’on tient compte de la taille des deux économies,  l’aide aux entreprises coûte au Québec environ deux milliards de plus qu’en Ontario. Or, l’aide aux entreprises porte fréquemment sur des projets onéreux  qui engendrent peu d’emplois (ex. projet Gaspésia, production d’électricité  avec des éoliennes).

Le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt et placement ont récemment annoncé leur participation au financement de la cimenterie de Port-Daniel : un montant  d’environ 500 millions de dollars. Le ministre Daoust  affirme que cette entente a été négociée sur des bases  strictement commerciales.Espérons que cela est  le cas. Sinon, s’il y a effectivement subvention, les États-Unis  y trouveront une justification pour imposer des droits de douane spéciaux sur la production de la cimenterie qui serait écoulée aux États-Unis, ce qui réduira les ventes sur ce marché. De fait, advenant l’imposition de tels droits, la contribution financière du gouvernement se retrouverait, en partie, dans les coffres du gouvernement américain. De plus, l’entreprise devra alors écouler davantage sa production sur le marché canadien au détriment des autres cimenteries  du Québec.

En fait, au lieu de privilégier de telles aventures coûteuses, le gouvernement devrait plutôt consacrer plus de ressources à la croissance de la productivité  manufacturière  du Québec. La productivité et le taux de change sont les deux principaux déterminants de la capacité des entreprises manufacturières du Québec à livrer la bataille de la concurrence sur le marché canadien  et sur les marchés  mondiaux.

 

Entre 2002 (creux historique du dollar à 63,7 cents américains)  et 2011 (sommet du dollar depuis 1960 à 101 cents américains), la force du dollar canadien a fortement contribué à la diminution  de la compétitivité du secteur manufacturier du Québec et de la croissance de ses ventes sur ses principaux marchés (Canada et États-Unis). La force de la devise a ainsi largement réduit la rentabilité et les  investissements du secteur manufacturier. En conséquence, les gains de productivité ont été anémiques.

Ainsi, au cours de cette période, les gains de productivité du secteur manufacturier s’établissent  à seulement 10,6% au Québec et au Canada, comparativement à 55,7% aux États-Unis. Au cours de la même période, la hausse du salaire horaire du secteur manufacturier est moindre au Canada (24,7% en $ canadien) qu’aux États-Unis (33,5% en $ américain). Toutefois la valeur de la devise canadienne augmente de 58,8%.

De fait, sous  les effets conjugués des variations de la  productivité, des salaires horaires et de la valeur de la devise, le coût de main d’œuvre par unité produite (en $ américain) augmente au Canada (+79,1 %) alors qu’il diminue aux États-Unis (-14,3%).  Ainsi, Il n’est pas surprenant de constater que la production manufacturière chute de 11,5% au Québec et au Canada tandis qu’elle augmente de 23,2% aux États-Unis.

Actuellement, avec un taux de change se situant aux environs de 80 cents américains, le secteur manufacturier est redevenu rentable. Par conséquent, le gouvernement du Québec doit agir vite afin que les investissements, la productivité et la production du secteur manufacturier bénéficient de ce contexte favorable et augmentent rapidement. Entre autres actions à poser pour atteindre de telles cibles: instaurer  un nouveau  programme d’aide pour que les PME du Québec bénéficient de conseils d’ingénieurs de production expérimentés et prélever une taxe spéciale sur les profits non réinvestis.

Le gouvernement peut facilement justifier cette dernière mesure puisqu’un dollar canadien faible constitue de facto une subvention des consommateurs aux producteurs manufacturiers québécois qui desservent le marché canadien et les marchés mondiaux.

Bref, appliquons  la maxime de l’ex-chancelier allemand, Helmut Schmidt : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demain ».

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