Professeur honoraire (Université de Montréal) et consultant

GRAPPES INDUSTRIELLES ET MONDIALISATION – D’IMPORTANTS DÉFIS À RELEVER

16 novembre 2015

La troisième révolution industrielle en cours sous l’effet de l’économie numérique pose un défi fondamental aux régions et aux pays qui voudraient poursuivre des modèles de développement économique et social différenciés. En effet, les nouvelles applications technologiques réduisent l’importance de  la géographie et de la distance et font que les marchés nationaux et étrangers se compénètrent de plus en plus d’où le besoin d’une forte compétitivité pour assurer le maintien des parts de marchés au Québec, au Canada et ailleurs par les entreprises québécoises. 

Dans ce contexte, le Québec doit se doter d’une politique économique tenant compte du rôle fondamental de la spécialisation et des applications des innovations dans les grappes industrielles. Ces grappes doivent devenir des plateformes pour marier les importations d’intrants intermédiaires avec les exportations vers divers marchés dont ceux du Sud-Est asiatique. Les nouvelles technologies de l’économie numérique permettent de développer les extensions et les liens de nos grappes industrielles sur les plans provincial, continental et mondial.

Dans des travaux ayant fait l’objet d’une publication en 2006[1], nous avons examiné des données sur :

i)    l’emploi par grappe industrielle exportatrice,

ii)  les quotients de localisation canadiens et américains (le pourcentage de l’emploi provincial ou métropolitain recensé dans une grappe par rapport au pourcentage de l’emploi national canadien ou américain),

iii)  les quotients de localisation nord-américains (le pourcentage de l’emploi par province, par État ou par région métropolitaine dans une grappe par rapport au pourcentage de la grappe dans l’emploi nord-américain).

L’Institute for Competitiveness and Prosperity de l’Ontario vient de rendre publique la banque de données Canadian Cluster Data  qui a servi dans nos travaux précédents. On y trouve des données à jour  sur les grappes industrielles (selon la définition du Harvard Business School) pour les 10 provinces et 33 régions métropolitaines canadiennes.

Selon ces données, les grappes industrielles québécoises les plus importantes selon leur niveau d’emploi en 2014 sont les services aux entreprises, la distribution et le commerce électronique, l’éducation et la R&D, le tourisme, le transport et la logistique, les services financiers, les services d’assurance, la production d’aliments, les vêtements et les tissus en laine, et la construction.

Selon les quotients de localisation nord-américain – une mesure préférable car elle donne une indication de la compétitivité des grappes dans l’espace nord-américain – il s’agit plutôt des grappes suivantes: les chaussures, l’aérospatial, les vêtements, le tabac, les textiles, les petits appareils électriques, les maisons mobiles et roulottes, la production et la distribution de vidéos, le papier et l’emballage, et le bois. La nature de ces grappes indique le défi considérable de renouvellement de la structure industrielle à laquelle nous faisons face.

Une comparaison des listes des 10 premières grappes industrielles du Québec en 2002 (selon nos travaux précédents)  et en 2014 (selon les nouvelles données de l’ Institute  for Competitiveness)  indique que les grappes de la chaussure, de l’aérospatial, des vêtements, de la récréation et des petits appareils électriques, et du bois sont demeurées, alors que les grappes des meubles, de la pêche, du cuir et des équipements et services pour édifices sont disparues de la liste. Les grappes du tabac, du textile, des maisons mobiles et roulottes, de la production et de la distribution de vidéos, et du papier et des emballages se sont ajoutées. Inutile de noter que des défis d’innovation, de productivité et de compétitivité se posent dans nombre de ces grappes.

Il faut poursuivre l’analyse de ces grappes industrielles en termes de valeur ajoutée au niveau des produits et services pour compléter celle effectuée au niveau des entreprises et des industries. Une telle analyse permettra de mieux identifier les initiatives publiques et privées à entreprendre dans le contexte de la mondialisation.


[1] La compétitivité des villes canadiennes en Amérique du nord, chapitre de  La compétitivité urbaine à l’ère de la nouvelle économie, publié sous la direction de Diane-Gabrielle Tremblay et R. Tremblay aux Presses de l’Université du Québec, pages 17-40.

Laisser un commentaire