Chercheur associé à la Chaire de recherche du Canada en économie politique internationale et comparée (ENAP) et analyste de politiques à l’Institut du Nouveau Monde.

QUI FAIT PARTIE DU 1 % LE PLUS RICHE?

1 décembre 2015

 L’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) a publié à l’été 2015 un excellent ouvrage sur les inégalités au Canada. Certains chapitres sont d’ailleurs accessibles gratuitement en ligne, notamment ceux traitant du rôle des taxes et impôts, des politiques redistributives au Canada,  du mythe de l’éducation comme solution miracle ou de la composition du fameux 1 % le plus riche.

Dans le dernier chapitre, Thomas Lemieux et Craig Riddell, deux économistes de l’Université de Colombie-Britannique, répondent à plusieurs questions en s’appuyant sur les fichiers maîtres du recensement canadien. Qui fait partie du 1 % le plus riche, classé selon le niveau de revenu? Quel secteur professionnel a le plus profité de la montée importante des revenus du premier centile? Comment ce segment de population a-t-il changé au cours des trente dernières années? Quelles sont les sources de revenus de ces gens?

Un revenu moyen de 420 000 $

Parmi les grands constats à retenir de cette étude, notons qu’entre 1981 et 2011, les revenus du premier centile ont connu une croissance beaucoup plus rapide que ceux de l’ensemble de la population canadienne.

Quel revenu est nécessaire pour faire partie du 1 % le plus riche au Canada? Selon cette étude, un revenu de 210 000 $ était le minimum requis pour joindre ce club sélect dont le revenu moyen était de 420 000 $ en 2011. C’est plus qu’en 1981, alors que le revenu minimal nécessaire était de 161 000 $ et le revenu moyen de 259 000 $ (montants en dollars de 2014). Cette évolution témoigne d’une augmentation des inégalités au sein même du 1 % le plus riche.

De plus, au cours de cette période, le nombre de Québécois appartenant au 1 % le plus riche au pays a diminué, passant de 21 % à 16 %. L’ampleur de ce groupe a aussi diminué en Colombie-Britannique mais a pris de l’importance en Alberta et en Ontario grâce à leurs secteurs pétrolier ou financier prolifiques.

Surtout des hommes éduqués, en complet ou en sarrau

Bien que les auteurs constatent une certaine diversité de professionnels au sein du premier centile, certaines fonctions sont surreprésentées, notamment celles des cadres dirigeants, des médecins (incluant les vétérinaires et les dentistes) et des personnes travaillant dans l’industrie financière.

D’ailleurs, le nombre d’heures travaillées en moyenne par le premier centile a légèrement décliné entre 1981 et 2011, passant de 49 à 46 heures par semaine. Pour cette même période, l’ensemble des travailleurs ont également vu leur temps de travail diminuer de 39 à 38 heures par semaine.

Les membres du 1 % le plus riche ont un autre point en commun : un haut niveau d’éducation. Près de 70 % d’entre eux avaient une scolarité universitaire ou équivalente, alors que ces diplômés ne composaient que 46 % de ce groupe il y a 30 ans. La majorité de ces diplômés proviennent de trois disciplines : commerce et gestion, ingénierie et science appliquée, et santé. Si les deux premières disciplines sont plus présentes au sein du premier centile depuis les années 1980, la santé est quant à elle en net recul.

Finalement, les hommes sont largement surreprésentés au sein du 1 % le plus riche, représentant 80 % des personnes appartenant à ce groupe. Bien que la proportion de femmes ait augmenté au cours des 30 dernières années, passant de 8,5 % à 20,3 % entre 1981 à 2011, il reste qu’à ce rythme, la parité ne sera atteinte qu’en 2043! D’ailleurs, les écarts se sont accrus entre le revenu moyen des hommes et des femmes les plus riches ; alors qu’en 1981, ces dernières gagnaient en moyennent 97 % du revenu moyen du groupe, ce taux avait glissé à 85 % en 2011.

L’évolution des revenus de l’ensemble des Canadiens a pour sa part suivi la courbe inverse : le revenu moyen des femmes, avant impôts et transferts, est passé de 50 % à 70 % du revenu moyen des hommes entre 1981 et 2011. Cette amélioration résulte de la stagnation des revenus des hommes (+6 % en 30 ans), combinée à une augmentation annuelle moyenne d’environ 1 % du revenu des femmes (+35 % sur l’ensemble de la période).

La richesse des autres ?

Une majorité d’économistes expliquent de deux façons la croissance disproportionnée des revenus du premier centile. D’un côté, certains arguent que c’est le résultat du fait que les marchés concurrentiels rémunèrent davantage les talents recherchés. À l’opposé, d’autres soutiennent que les mieux nantis ont augmenté leurs revenus au moyen de l’extraction ou de la création de rentes : c’est-à-dire qu’au lieu de créer de la richesse, ils accapareraient celle créée par d’autres.

Les auteurs de l’étude soutiennent que c’est la seconde option qui expliquerait mieux les tendances observées : « globalement, l’augmentation nettement plus marquée des revenus élevés dans certains secteurs tels que la finance et chez les cadres supérieurs correspond à un schéma d’extraction et de création de rentes (excédent de rémunération par rapport aux revenus déterminés par le marché) propre à ces secteurs ».

Note : Sur le même sujet, l’auteur a également publié un billet sur le blogue de l’Institut du Nouveau Monde.

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