Jean-Luc Landry

Membre du Comité des politiques publiques, Association des économistes québécois

UBER ET LE TRANSPORT

26 février 2016

En commission parlementaire sur Uber, plusieurs intervenants blâment la compagnie parce qu’elle ne paie pas d’impôts au Québec,  parce qu’elle ne respecte pas les lois ou parce que ses chauffeurs ne tirent pas un revenu suffisant. Ceci revient à tirer sur le messager.

Le message ici c’est une nouvelle technologie qui représente un élément de solution au problème du transport dans une grande ville.

Le problème du transport a trois volets: il est l’un des plus importants générateurs de gaz à effet de serre, il requiert beaucoup de capital et ce capital est mal utilisé.

En ce moment le système de transport des personnes fonctionne de la façon suivante: en gros, les gens ont le choix entre l’automobile, les transports en commun et le taxi.

Deux de ces trois entités sont des monopoles: il est interdit à une entreprise privée d’offrir un service de transport en commun et l’offre de taxis est réglementée par un  système de permis. Ces deux monopoles se comportent comme toutes les entités qui n’ont pas de concurrence: elles deviennent paresseuses, de moins en moins efficaces et le service à la clientèle en souffre.

Les gens choisissent donc l’automobile et c’est ici que se fait la plus mauvaise allocation de capital. L’automobile représente le premier ou le deuxième plus gros investissement des ménages (après la maison). Le nombre d’automobiles a doublé depuis 25 ans à Montréal et qu’ont fait les autorités gouvernementales pendant ce temps? Par toutes sortes de moyens, elles ont tenté d’en réduire l’utilisation sans  offrir d’alternative valable: rues fermées, restrictions de stationnement, nids de poule, congestion etc. Les gens se retrouvent donc avec un lourd investissement qui répond de moins en moins à leur besoin.

L’allocation de capital est inefficace aussi du côté des taxis puisque le propriétaire doit amortir un permis d’une valeur de 200 000$. À un taux de 10 pour cent, ceci représente une somme de 20 000$ par an, soit un montant plus élevé que le coût d’entretien de son automobile. Ici le modèle est simple : la valeur du permis va toujours s’ajuster de façon à procurer d’abord un rendement adéquat à l’investisseur et ensuite, et seulement ensuite, un salaire un peu au dessus du salaire minimum au chauffeur.

Du côté du transport en commun le monopole des sociétés de transport ne fait pas beaucoup mieux. L’offre de services est rigide à travers un modèle figé qui date de plusieurs décennies et qui est composé de gros autobus qui suivent des lignes inflexibles alors que la demande change à chaque heure de la journée. Imaginez si vous aviez un grand nombre d’autobus qui réagirait instantanément à votre demande via votre téléphone intelligent. Il y a fort à parier qu’il y aurait moins d’automobiles sur la route.

La technologie d’Uber est un pas dans la bonne direction: elle permet un meilleur service, une meilleure allocation du capital et une réduction de la pollution. On ne doit pas s’en passer.

 

Laisser un commentaire