Chercheur associé à la Chaire de recherche du Canada en économie politique internationale et comparée (ENAP) et analyste de politiques à l’Institut du Nouveau Monde.

POURQUOI IL FAUT TAXER DAVANTAGE LES RICHES

24 mars 2016

Dans une nouvelle étude sur les causes et les conséquences des inégalités, cinq économistes du Fonds monétaire international (FMI) concluent que plus les riches sont riches, plus la croissance économique sera faible, voire même légèrement négative à moyen terme. La croissance économique serait plutôt stimulée et soutenue par l’enrichissement des moins nantis et de la classe moyenne.

Ces chercheurs du FMI soutiennent que l’impôt peut et doit faire partie des solutions pour réduire les inégalités :

Le rôle redistributif des politiques fiscales pourrait être renforcé par un recours accru à l’impôt sur la fortune et sur les impôts fonciers, par un impôt sur le revenu plus progressif, et par la suppression des échappatoires permettant l’évasion fiscale (p. 30, traduction libre).

Est-ce réaliste et souhaitable?

Pas d’excuses

Il n’y a pas si longtemps, les écarts de revenus entre PDG et employés au Canada étaient beaucoup moins élevés qu’ils ne le sont aujourd’hui. Selon le Centre canadien de politiques alternatives, en 1998, les grands patrons gagnaient un revenu moyen 105 fois supérieur à ceux des travailleurs canadiens. En 2012, ce ratio avait grimpé à 171 fois.

Certains justifient ces revenus toujours plus élevés par les efforts et les talents des individus; ayant travaillé fort, ces riches seraient justement récompensés. Pourtant, le niveau d’éducation et le talent n’ont sans doute pas augmenté de 62 % entre 1998 et 2012, et l’effort n’est pas le monopole d’une minorité de travailleurs riches. Un billet précédent a d’ailleurs déjà mis à mal ce mythe persistant.

Malgré tout, cet argument selon lequel l’explosion des rémunérations élevées résulterait du mérite est souvent mis de l’avant pour décourager toute redistribution fiscale. Pourtant, les résultats empiriques sont clairs à cet effet : oui, les mieux nantis ajustent leurs revenus face à une hausse d’impôt, mais le plus souvent, cela se traduit par un réaménagement de la structure de leurs revenus de façon à optimiser leurs déclarations fiscales en vue de ne pas augmenter les montant effectivement versés à l’État.

Si le système fiscal ne permettait pas d’éviter de payer l’impôt, les mieux nantis paieraient tout simplement davantage. Ils ne travailleraient pas moins et ne seraient pas moins créatifs ou innovateurs. Pour citer Bill Gates, l’homme le plus riche de la Terre et « créateur de richesse » par excellence :

La décennie ayant connu la plus forte croissance économique [aux États-Unis] était celle des années 1960. Les taux d’imposition [marginal] sur le revenu des particuliers étaient alors de 90 %. Affirmer que tous les innovateurs seraient en grève parce que l’impôt sur les sociétés est de 35 % est une idée tout simplement absurde.

Confirmant cette intuition, selon laquelle des taxes élevées peuvent coexister avec une croissance soutenue, le taux optimal de taxation du centile le plus riche se situerait à 80 % (!), selon une étude américaine.

Un autre effet redouté d’une hausse de taxes est l’exode des personnes ayant des revenus élevés. Bien que des cas individuels soient parfois rapportés, plusieurs études affirment que les plus riches ne quittent généralement pas leur communauté à cause de taux d’imposition élevés.

Les avantages à taxer plus et mieux

Selon cette étude américaine, des impôts plus faibles pour le 1 % le plus riche ne font que les encourager à se négocier de meilleures rémunérations, sans offrir en échange plus de temps de travail ou de productivité. Cela semble être le cas pour les médecins spécialistes québécois estime le chercheur Damien Contandriopoulos, qui soutient que la productivité des médecins québécois recule, alors que leurs revenus augmentent.

Il y a donc de la place pour redistribuer davantage les revenus afin de rééquilibrer les gains de la croissance économique.

Le congrès des 18 et 19 mai prochain de l’Association des économistes québécois se penchera sur le thème de la création et de la distribution de la richesse.

Note : Une version de ce billet a été publiée sur le blogue de l’Institut du Nouveau Monde. http://inm.qc.ca/blog/faut-taxer-davantage-riches   

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