Économiste spécialisé en commerce extérieur et en économie mathématique.

SANTÉ : PEUT-ON MIEUX RÉPONDRE AUX BESOINS ACTUELS ET FUTURS DES QUÉBÉCOIS?

23 mai 2016

Les dépenses de santé

En 2014, les dépenses totales du secteur de la santé au Québec (secteur privé et secteur public) totalisent 46,1 milliards de dollars et ce, comparativement à 80,7 milliards de dollars en Ontario selon des données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).

De fait, les dépenses en santé représentent, en 2014, 11,9 % du PIB du Québec et 11,3 % du PIB de l’Ontario. Par ailleurs, en 2014, les dépenses en santé per capita  du Québec qui se chiffrent à 5 616 $ sont plus faibles  que celles de l’Ontario, soit 5 894 $, et que celles de chacune des  autres provinces canadiennes. De plus,  la même année,  les dépenses publiques en santé per capita, affichées par le  Québec, sont moindres que celles observées dans chacune des autres  provinces canadiennes.

Les principaux facteurs explicatifs des faibles dépenses publiques en santé per capita au Québec sont les suivants :

1- Les salaires versés  au personnel syndiqué de la santé du Québec sont en général moindres  que  ceux versés dans les autres provinces canadiennes.

2- Le faible accès des Québécois aux médecins de famille et au système hospitalier contribue à diminuer les coûts du système de santé au Québec.

Ce 2ème facteur explicatif a pour effet que le système de santé ne répond que partellement aux besoins des Québécois.

L’accès aux médecins de famille

Les statistiques de l’ICIS nous montrent que le nombre de médecins de famille par 100 000 habitants  est, en 2013, environ 15 % plus élevé au Québec  (117 médecins par 100 000 habitants) qu’en Ontario (103 médecins par 100 000 habitants). Or, Radio-Canada nous informe, à l’aide de statistiques obtenues auprès des ministères de la Santé du Québec et de l’Ontario, que seulement 75 % des Québécois ont accès en 2013  à un médecin de famille, comparativement à 95 % en Ontario[1].

Une étude de l’Institut C.D. Howe, publiée en mai 2014 nous informe qu’il existe un écart de 30 % entre le Québec et l’Ontario en ce qui concerne le nombre de patients inscrits par médecin de famille : 1 081 patients au Québec en 2012 comparativement à 1 539 patients en Ontario[2].

L’écart de 19 % entre la semaine de travail en cabinet des médecins de famille du Québec (35 heures en 2012) et celle de l’Ontario (43 heures),  expliquerait les deux tiers de la différence de 30 % entre le Québec et l’Ontario pour le nombre de patients inscrits par médecin de famille. Selon nos estimations à partir de l’étude de CD Howe et de statistiques obtenues auprès de l’ICIS, la durée moyenne de la semaine de travail en cabinet  au Québec des médecins de famille est d’environ 31 heures pour les femmes et d’environ 40 heures pour les hommes (un peu plus de 50% des médecins de famille du Québec sont  des femmes en 2013 (cette même statistique est de 41,5% en Ontario)), Ces moyennes cachent évidemment le fait que certains médecins travaillent au moins 60 heures par semaine dans leur cabinet ou/et en milieu hospitalier. Il va sans dire que si de telles tendances de la féminisation de la profession se poursuivent, il faudra augmenter le nombre de places dans les facultés de médecine. Il faudra aussi, à court terme, forcer le Collège des médecins à accepter un grand nombre de médecins immigrants. Ces derniers  ne viendront pas ici pour suivre uniquement 500 ou 600 patients par année comme le font sans doute plusieurs jeunes médecins d’ici.

L’autre tiers de l’écart de 30 % entre le Québec et l’Ontario pour le nombre de patients inscrits par médecin de famille provient vraisemblablement du fait que les médecins de famille du Québec consacrent relativement plus de temps que leurs homologues ontariens à travailler dans  les  hôpitaux.

Le ministre de la santé, monsieur Barrette, a pris diverses mesures pour accroître l’accès des Québécois aux médecins de famille. D’ici deux ans à trois ans, nous serons probablement en mesure de juger de la qualité et de la suffisance des résultats obtenus.

L’accès aux soins hospitaliers

Dans la foulée du virage ambulatoire (fermeture de dix hôpitaux au Québec) et de l’ajout d’un palier administratif (les régies régionales de la Santé), le ministère de la Santé du Québec a engendré, au cours des années 1990,  un surplus de personnel administratif dans le réseau hospitalier du Québec de même qu’une pénurie de lits de courte durée. Ainsi, on peut lire dans une étude de l’ÉNAP[3] que le nombre de lits de soins généraux et spécialisés autorisés à fonctionner, par millier d’habitants, a diminué au Québec de 4,15 lits en 1991 à 2,59 lits en 2011.

Cette diminution de 38 % du nombre de lits de courte durée, par rapport à la population, a évidemment des effets négatifs sur l’accès à des soins hospitaliers de qualité pour un grand nombre de Québécois. Par exemple, plusieurs patients sont indument hospitalisés dans les urgences ou dans les corridors de certains hôpitaux. De plus, dans certains cas, des patients ne sont pas hospitalisés pour la durée de séjour requise d’un point de vue strictement médical. En effet, ils doivent laisser leur place à d’autres cas plus urgents.

Le ministre Barrette  tente actuellement de réduire le personnel administratif du réseau hospitalier du Québec. Il veut  également augmenter l’efficacité du système de soins en budgétant graduellement les hôpitaux en fonction des services effectivement rendus à la population. Rappelons que les hôpitaux sont actuellement largement financés sur une base historique et que cette manière de budgéter entraîne de grands écarts entre les hôpitaux du Québec, en ce qui concerne le coût d’une unité de service produite.

L’insuffisance du  parc hospitalier

Toutefois, à mon avis et compte tenu du vieillissement de la population, les mesures du ministre ne feront que retarder le moment où le Québec devra construire de nouveaux centres hospitaliers et de nouveaux centres d’hébergement pour personnes âgées. Dans une telle éventualité, on ne peut que souhaiter que la Caisse de Dépôt et Placement du Québec et des partenaires financiers ou spécialisés dans la gestion de centres de santé (hôpitaux, etc.) se proposent pour financer la construction de ces nouveaux établissements  et en assurer la gestion. La Caisse et ses partenaires pourraient  ensuite facturer le gouvernement pour les services rendus tout en exigeant un rendement normal sur leurs investissements. Les sommes supplémentaires ainsi  obtenues par la Caisse serviraient ultimement à payer les pensions des Québécois. Il s’agirait en somme pour la Caisse de reproduire le modèle novateur qu’elle a utilisé pour son récent projet de réseau de transport électrique métropolitain à Montréal.

Ainsi, la création de ces nouveaux  établissements n’aurait pas d’effet sur la dette du gouvernement du  Québec[4] et les Québécois profiteraient de soins hospitaliers plus accessibles et possiblement à moindre coût. En effet, nous croyons qu’en créant un marché plus concurrentiel, l’entrée en scène de la Caisse est de nature à engendrer des gains de productivité importants dans les divers établissements du réseau de soins du Québec. A priori, nous estimons, que la valeur de ces gains de productivité excédera la valeur de l’écart normalement  positif entre le rendement normal requis pour un investissement de la Caisse et le taux d’intérêt que paie normalement le gouvernement sur les marchés financiers pour financer ses infrastructures.


[1] Site internet de Radio-Canada, Réforme de la Santé : Quelles leçons pour le Québec?, 27 février 2015.

[2] FORGET, Claude, Le mystère des médecins québécois «évanouis» : Comment améliorer l’accès aux soins, mai 2014, p. 7-8.

[3] l’Observatoire de l’administration publique, Le réseau de la santé et des services sociaux, printemps 2012, p.8.

[4] La dette brute augmente de 5,3 milliards $ en 2016-2017 selon le Budget du Québec et ce, en dépit de l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

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