Économiste

L’ÉCONOMIE CANADIENNE EST-ELLE MONDIALISÉE?

19 janvier 2018

À compter du milieu du dix-neuvième siècle, le Canada est passé graduellement d’une économie coloniale à une économie continentale. Aujourd’hui, des entreprises canadiennes vendent et achètent des biens et des services partout dans le monde. Elles investissent aussi dans un grand nombre de pays, tout comme des entreprises étrangères investissent ici. Les Canadiens voyagent partout sur la planète, et ils accueillent un grand nombre de visiteurs étrangers. L’omniprésence dans certains commerces de produits étiquetés Fabriqué en Chine amène bien des gens à voir là le reflet de la mondialisation. Les succursales de la Société des alcools du Québec offrent en abondance des produits provenant de tous les continents, exception faite, bien sûr, de l’Antarctique. Au-delà de ces exemples, l’économie canadienne est-elle pour autant devenue mondialisée? Que révèlent les indicateurs macro-économiques quant au degré de mondialisation de l’économie canadienne? 

Ainsi, la mondialisation n’est vraisemblablement pas aussi importante au Canada que ce que l’actualité économique peut bien des fois laisser croire. Même sur le plan de l’inflation, la Banque du Canada est venue affirmer dans son Rapport sur la politique monétaire d’octobre dernier que « La mondialisation ne contribue probablement pas de manière importante au bas niveau de l’inflation»[2].

En revanche, la mondialisation a un sens tout particulier au Canada lorsque l’on examine la composition de sa population. Les données de Statistique Canada provenant du Recensement de 2016 révèlent que :

Cette empreinte de la mondialisation au Canada est donc loin d’être négligeable, car sa capacité de développement économique tient, d’abord et avant tout, à ses ressources humaines. Les besoins en main d’œuvre vont grandissants, et le recours à celle provenant de l’extérieur du pays prend de l’ampleur.

Le tour d’horizon qui vient d’être fait porte à conclure que l’économie canadienne est bien davantage continentale que mondialisée. Sur le plan macro-économique, le marché intérieur est à l’origine de plus des trois quarts de l’activité économique. En outre, sans surprise, une grande part des échanges mondiaux du Canada est attribuable aux relations économiques avec les États-Unis. Les efforts importants de diversification des marchés déployés depuis près d’un demi-siècle n’ont pas encore réussi à modifier la tendance de fond. En revanche, la population canadienne est de plus en plus diversifiée, et elle devient graduellement un microcosme de l’humanité.

Aussi, il demeure très important de faciliter les échanges économiques entre les régions du Canada[3]. Même si l’Accord de libre-échange canadien est entré en vigueur le premier juillet dernier, subsistent plusieurs mesures ayant pour effet de diminuer le potentiel des échanges entre les provinces. Avec les États-Unis, la seule préservation des acquis semble tout un défi ces temps-ci dans un contexte de recrudescence du nationalisme politique et économique dans ce pays. L’influence américaine sur le mode de vie des Canadiens et des autres peuples n’en est pas moins importante en raison de la création et de la destruction économiques suscitées par les Alphabet, Amazon, Apple, Facebook, Netflix, Walmart, etc., de ce monde.

Enfin, on ne peut exclure la possibilité que la mondialisation ait plus de retombées et de conséquences au Canada que ce qui peut être mesuré sur le plan économique. Le Village global envisagé par Marshall McLuhan durant les années 1960 existe bel et bien aujourd’hui à divers égards. Pensons au réseautage des scientifiques et des experts internationaux rendu plus aisé grâce aux technologies de l’information et des communications. Les développements qui en découlent en pratique ne sont pas nécessairement mesurés comme une retombée de la mondialisation.



[1] En raison des limites des modèles d’impact économique, ces données sous-estiment quelque peu la contribution des exportations à l’économie, car elles ne tiennent pas compte des effets induits, notamment par les dépenses de consommation des travailleurs. En outre, il importe de distinguer la contribution des exportations à l’activité économique (leur valeur ajoutée) de la valeur totale des exportations par rapport au PIB nominal (un indicateur du degré d’ouverture d’une économie). Comme indiqué ci-dessus, la valeur ajoutée des exportations représentait 21,7 % du PIB canadien en 2013. En revanche, la même année, les exportations totales représentaient 30,2 % du PIB. La différence entre ces deux pourcentages donne une approximation du contenu en importations des exportations.
[2] Page 11, encadré 1 du Rapport.

[3] Une étude de Statistique Canada, publiée le 14 septembre dernier, mesure l’équivalent tarifaire des obstacles au commerce entre les provinces avant l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange canadien.

Laisser un commentaire