Jean-Pierre Aubry

Économiste indépendant

QUE NOUS RÉVÈLENT LES DONNÉES ANNUELLES SUR LA POPULATION EN ÂGE DE TRAVAILLER, LA POPULATION ACTIVE ET L’EMPLOI AU QUÉBEC ?

28 janvier 2020

Les observations sur l’évolution de ces trois variables ont été faites à l’aide du Tableau 1 ci-dessous, construit dans le but de mesurer les changements enregistrés à l’aide des données annuelles de l’Enquête sur la population active (EPA) entre 2006 et 2019, soit une période de 13 années.  L’année 2006 a été choisie comme année de base de façon à avoir un point de départ qui précède la période marquée par la crise financière ainsi que la récession et la reprise qui ont suivi.  Pour chacune des trois variables  retenues (la population en âge de travailler, la population active et l’emploi), l’analyse est basée sur les 15 ans et plus, qui sont subdivisés en trois groupes d’âge : les 15-54 ans, les 55-64 ans et les 65 ans et plus.

TABLEAU  1
QUÉBEC : VARIATIONS DE LA POPULATION EN ÂGE DE TRAVAILLER, DE LA POPULATION ACTIVE ET DE l’EMPLOI, 2006-2019

15 ans et plus

15 à 54 ans

55 à 64 ans

65 ans et plus

Population en âge de travailler

 (variations en milliers)

824,8

-87,6

297,1

615,3

(variations en %)

13,2

-2,0

31,9

62,8

Population active

  (variations en milliers)

500,2

67,3

306,5

126,4

(variations en %)

12,3

1,9

63,8

203,5

(variations dues à la hausse de la population)

120,9

-71,6

153,5

39,0

(variations  dues à la hausse du taux de participation)

379,3

138,9

153,0

87,4

Emplois

                         (variations en milliers)

596,8

175,8

301,2

119,8

(variations en %)

15,9

5,4

67,5

206,6

(variations dues à la hausse de la population active)

464,4

61,8

284,6

118,1

(variations dues à la baisse du taux de chômage)

132,4

114,0

16,6

1,7

Taux de chômage

-3,0

-3,2

-2,1

-0,9

(variations en points de pourcentage)

de 8,1 % à 5,1 %

de 8,2 % à 5,0 %

de 7,2 % à 5,0 %

de 6,6 % à  5,7

Population en âge de travailler

Durant cette période de 13 ans, la population en âge de travailler s’est accrue de 824 800 (13,2 %), soit à un taux moyen de croissance de près de 1 %.  La figure 1 illustre clairement l’effet du vieillissement de la population : la population de 15 à 54 ans a légèrement diminué (- 87 600 (-2 %)) tandis que celle des groupes de 55 à 64 ans et de 65 ans et plus a fortement augmenté (respectivement de 297 100 (32 %) et 615 300 (63%).

 FIGURE 1

HAUSSE DE LA POPULATION EN ÂGE DE TRAVAILLER AU QUÉBEC DEPUIS 2006 (en milliers)

Comme le montre la figure 2, la même conclusion se dégage en refaisant le même type d’analyse pour l’Ontario qui fait face au même choc, mais jusqu’à maintenant avec une ampleur moindre.

FIGURE 2

HAUSSE DE LA POPULATION EN ÂGE DE TRAVAILLER EN ONTARIO DEPUIS 2006 (en milliers)

Population active

La population active s’est accrue de 500 200 travailleurs et comme dans le cas de la population en âge de travailler, la grande majorité de cette hausse provient de deux catégories représentant les travailleurs plus âgés (306 500 des travailleurs de 55 à 64 ans et 126 400 des travailleurs de 65 ans et plus).  Il est intéressant de noter dans le tableau 1 que les trois quarts de ces hausses de la population active sont reliées à une hausse des taux de participation.  L’autre quart est  attribuable aux variations de la population en âge de travailler.

Les taux de participation de ces trois catégories ont augmenté de la façon suivante, tel qu’illustré à la figure 3 :

-          pour les 15 ans à 54 ans : de 0,818 à 0,85, soit une hausse de 4 %;

-          pour les 55 ans à 64 ans : de 0,517 à 0,641, soit une hausse de 24 %;

-          pour les 65 ans et plus : de 6,3 à 11,8, soit une augmentation de 87 %.

FIGURE 3

HAUSSE DE LA POPULATION ACTIVE AU QUÉBEC DEPUIS 2006 (en milliers)

L’emploi

Sur cette période de 13 ans, le nombre d’emplois s’est accru de de 596 800, une hausse de près de 100 000 plus élevée que la hausse de la population active.  Ici encore, la hausse des deux catégories de travailleurs âgés explique près de 70 % de cet ajustement, tel qu’illustré à la figure 4. La hausse de l’emploi pour ces travailleurs âgés est très proche de la hausse de la population active de ces deux catégories.  Ceci contraste avec ce qui s’est passé dans la catégorie des travailleurs employés de 15 ans à 54 ans où l’ajustement est principalement relié à une baisse du taux de chômage. Dans cette catégorie, le taux de chômage a chuté de 3,1 points de pourcentage, passant de 8,1 % en 2016 à 5 % en 2019.

FIGURE 4

HAUSSE DE L’EMPLOI AU QUÉBEC DEPUIS 2006 (en milliers)

 

Il est difficile de distinguer les variations de la population active qui sont attribuables au désir de participer au marché du travail, indépendamment de la facilité à décrocher un emploi, de celles qui sont liées au fait de joindre le marché du travail parce qu’on a un emploi assuré ou une forte probabilité d’en décrocher un.  Les calculs présupposent que la première situation a dominé. Il est certain que le fait que l’offre d’emplois a été forte dans les trois dernières années a sûrement incité plusieurs travailleurs âgés à joindre le marché du travail.  Cependant, le taux de participation des travailleurs de 55 ans et plus a suivi une tendance à la hausse relativement lourde qui devrait persister à plus long terme.

 Conclusion

L’analyse du Tableau 1 et de la Figure 1 montre clairement que les données démographiques sur l’évolution de la population en âge de travailler ont été grandement affectées ces 13 dernières années par le vieillissement accéléré de la population du Québec.  Ce choc du vieillissement de la population n’est plus un choc dont on s’approche.  Comme on dit familièrement, on a les deux pieds dedans.  Ce choc va occasionner une pénurie de travailleurs.  Il est donc intéressant de constater que cette pénurie a été et sera réduite de façon notable par une augmentation des taux de participation des travailleurs les plus âgés.

 

Commentaires

Monique Duhamel

Le 30 janvier 2020, à 2 h 02

Article intéressant malgré la faute au titre du tableau 1, les variations sont bien pour les années 2006 à 2019 et non de 2016 à 2019.

Merci de corriger

    Libres Échanges

    Le 30 janvier 2020, à 5 h 47

    Merci c’est corrigé, avec toutes nos excuses.

Rivet

Le 2 mars 2020, à 9 h 14

Si j’ai bien compris, avec ou sans incitatifs gouvernementaux, les travailleurs plus âgés demeurent sur le marché du travail, contribuant ainsi à combler besoins en main d’œuvre et réduisant le fardeau des régimes de pension ( ou accumulant plus longtemps des économies pour leur retraite ). Les tendances naturelles ne sont donc pas aussi mauvaises que certains prétendent?

    Libres Échanges

    Le 3 mars 2020, à 1 h 43

    Le billet illustre la capacité d’ajustement du marché du travail. Cela ne signifie pas que cette capacité et suffisante. Cependant, selon les circonstances, les pouvoirs publics peuvent décider de mettre en place des mesures bien ciblées pour accroître encore plus le taux de participation des travailleurs expérimentés au marché du travail. Dans leur évaluation de l’ampleur des mesures à prendre, ils doivent cependant tenir compte de la capacité du marché à s’adapter de lui-même.

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