Pierre Fortin

Professeur émérite de sciences économiques, Université du Québec à Montréal

LA SITUATION DE L’EMPLOI AU QUÉBEC: LES PIÈGES À ÉVITER

2 avril 2014

Lorsqu’on veut suivre l’évolution de l’emploi sur un territoire, il y a tout d’abord deux pièges à éviter. Le premier piège est de se baser sur les variations du nombre absolu de personnes occupant un emploi d’une période à la suivante. Hé, si on compare l’année 2013 à l’année 2012, on voit que le nombre d’emplois a augmenté de 48 000 au Québec, de 96 000 en Ontario et de 1 460 000 aux États-Unis ! Cela prouve que le Québec a moins bien performé que l’Ontario et que l’Ontario, à son tour, a moins bien fait que les États-Unis, n’est-ce pas ? Cette conclusion n’a évidemment aucun sens. Elle omet complètement de tenir compte que la population d’âge actif n’est pas la même sur les trois territoires. Si elle est de 100 au Québec, elle est de 170 en Ontario et de 3750 aux États-Unis.

Le second piège à éviter est de juger de l’évolution de l’emploi en se basant sur ses variations d’un mois au suivant. Par exemple, de janvier à février 2014, l’Enquête sur la population active de Statistique Canada (l’EPA) indique que l’emploi a diminué de 26 000 au Québec, mais a augmenté de 6 000 en Ontario. Peut-on en déduire que la tendance de l’emploi est négative au Québec, tandis qu’elle est positive en Ontario ?

Pas du tout. La fiabilité des variations de l’emploi basées sur deux mois successifs pour juger de la tendance est absolument nulle. On n’a, pour s’en convaincre, qu’à observer les variations mensuelles qu’illustre la figure 1 pour les 74 mois écoulés de janvier 2008 à février 2014. Il saute aux yeux que ces variations mensuelles présentent une volatilité extrême qui interdit toute interprétation à court terme sur la tendance de l’emploi.

Une forte instabilité entache également les variations mensuelles de l’emploi à temps plein et les variations entre le mois courant et le mois correspondant de l’année précédente. Par exemple, l’EPA indique que, de janvier 2013 à janvier 2014, l’emploi à temps plein a diminué de 66 800 postes au Québec, étant passé de 3 306 000 à 3 239 200. Est-ce la catastrophe ?

Non plus. Encore ici, des variations de l’emploi basées sur deux mois à un an de distance qui sont rapportées par l’EPA ne sont absolument pas fiables. Les montagnes russes de la figure 1a en font foi. Toute interprétation donnée à ce type de variation de l’emploi à temps plein est extrêmement fragile. En fait, la baisse de 66 800 emplois à temps plein rapportée tombe dans la marge d’erreur. Cette marge d’erreur est de 93 000 emplois 19 fois sur 20.

Comment éviter ces pièges en tenant  compte de la démographie et en atténuant le problème de la volatilité des données mensuelles quand on veut avoir une idée juste de l’évolution de l’emploi ?

La réponse universelle des spécialistes à cette question est qu’on concentre l’attention sur une moyenne mobile du taux d’emploi. On verra comment dans une suite prochaine à ce billet.

 

N.B.: Une version antérieure de ce billet a été publiée dans L’Actualité. 

 

Commentaires

Monique Duhamel

Le 3 avril 2014, à 10 h 56

Bonjour,

Je me demande pourquoi l’ASDEQ ne s’invite pas, avec des informations comme celle-ci, qui éduque le grand public, dans le débat électoral au Québec.

En effet, pour le moment, la campagne élctorale est enlignée sur le salissage, les éléments de peur, rien pour favoriser la réflexion et faire appel à l’intelligence de la population du Québec.
Dommage que l’ASDEQ se taise

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